Royaume-Uni, le 12 mai 2020.

La pandémie de COVID-19 a mis en évidence la faiblesse des systèmes alimentaires et sanitaires et a eu un impact disproportionné sur des populations déjà extrêmement fragiles. Alors que les inégalités et la malnutrition continuent de sévir dans le monde et en Afrique, le Rapport sur la nutrition mondiale 2020 insiste sur l’urgence absolue de lutter contre la malnutrition sous toutes ses formes en s’attaquant aux injustices des systèmes alimentaires et sanitaires.

Le rapport fournit des données et des analyses actualisées sur la situation de la malnutrition dans le mondeet en Afrique, et met en évidence les défis importants auxquels sont confrontés les pays de la région, ainsi que les progrès réalisés pour relever ces défis.

Un double fardeau : la plupart des pays doivent maintenant disposer des moyens nécessaires pour lutter contre les deux facettes de la malnutrition en même temps.

Des progrès ont été réalisés en Afrique et dans le monde, mais ils restent encore trop lents. La région a fait des efforts considérables pour réduire la prévalence du retard de croissance chez les enfants de moins de 5 ans. En Éthiopie, ce phénomène a considérablement diminué, passant de 57,6 % en 2000 à 38,4 % en 2016.

Il en va de même pour le Burundi qui a réussi à réduire le taux de retard de croissance, passant de 64,0 % en 2000 à 55,9 % en 2016. Cependant, l’Afrique reste de loin la région la plus touchée par des formes de malnutrition qui se chevauchent. Sur les 37 pays qui sont confrontés à trois formes de malnutrition, à savoir le retard de croissance chez les enfants, l’anémie chez les femmes en âge de procréer et le surpoids chez les femmes, 27 se trouvent en Afrique.

L’obésité et le surpoids sont également en hausse sur le continent. La prévalence du surpoids chez les adolescents est plus importante chez les filles (17,7 %) que chez les garçons (11,2 %). Cette tendance se poursuit à l’âge adulte, où la prévalence du surpoids chez les adultes est plus importante chez les femmes (41,1 %) que chez les hommes (25,8 %).

Malgré ces chiffres, les pays ne sont souvent pas préparés à faire face à cette crise mondiale qu’est la malnutrition. La coordination gouvermentale en matière de nutrition fait souvent défaut, et les pays à faible revenu ont tendance à ne pas accorder suffisamment d’importance aux problèmes de surpoids, d’obésité et à d’autres maladies chroniques liées à l’alimentation.

Les engagements financiers ne reflètent pas non plus l’ampleur et la nature du problème : les ressources nationales pour la nutrition ont très peu augmenté, voire pas du tout dans les pays les plus fragiles, alors que les attributions d’aide au développement ne tiennent pratiquement pas compte de l’obésité et du surpoids.

Jane Battersby-Lennard, professeure associée au Centre africain pour les villes à l’Université du Cap, a déclaré : « Nous avons constaté des progrès considérables dans la lutte contre la malnutrition en Afrique, mais la pandémie de COVID-19 pourrait inverser cette tendance. Le COVID-19 devrait creuser le fossé de cette disparité, ce qui signifie que le moment est venu de multiplier nos efforts et de soutenir les communautés et les personnes les plus touchées ».

Nouvelle perspective : réaffecter les ressources vers les communautés et les personnes les plus touchées est la meilleure chose à faire

Les modèles mondiaux et nationaux cachent d’importantes inégalités au sein des pays et des populations, les groupes vulnérables étant les plus touchés. Le rapport présente les liens évidents qui existent entre les niveaux de malnutrition et les caractéristiques de la population, comme le lieu, l’âge, le sexe, l’éducation et la richesse, tandis que les conflits et d’autres formes de fragilité aggravent le problème.

En Afrique, les différences entre les communautés au niveau local sont frappantes. L’insuffisance pondérale est un problème persistant dans les pays les plus pauvres, tandis que le surpoids et l’obésité prévalent dans les communautés plus riches. En République démocratique du Congo, la prévalence du surpoids est de 2,2 % dans les ménages les plus pauvres et de 9,7 % dans les plus riches.

Si aucune mesure n’est prise, les effets de la pandémie ne feront que rendre plus difficile la protection des populations vulnérables contre la malnutrition. Cette dernière affecte notre système immunitaire, nous rendant plus vulnérables aux infections, et l’impact socioéconomique de la pandémie pourrait à son tour conduire à la malnutrition au niveau mondial.

Des écarts dans les systèmes alimentaires : une mauvaise alimentation n’est pas simplement une question de choix alimentaires personnels.

Le rapport appelle à un changement des systèmes alimentaires. Selon le rapport, les systèmes agricoles existants se concentrent toujours sur la production de céréales de base comme le riz, le blé et le maïs, plutôt que sur une gamme d’aliments plus variés et plus sains, comme les fruits, les noix et les légumes.

Dans de nombreuses régions du monde, les aliments frais ou périssables sont moins accessibles et moins abordables que les céréales de base. Au Burkina Faso, les œufs coûtent 15 fois plus cher que les aliments de base, alors qu’aux États-Unis, ils coûtent 1,9 fois plus cher.

Les aliments transformés, en particulier les aliments ultra-transformés, sont disponibles en très grande quantité et à moindre prix, et les ventes sont élevées et en forte croissance dans de nombreuses régions du monde.[1] En Afrique subsaharienne, le développement des chaînes de supermarchés diminue le rôle des commerçants informels et affecte les choix alimentaires des individus. Ces changements exigent des ressources en matière de politique et de planification pour promouvoir la réalisation des objectifs en matière de nutrition.

Des solutions ont commencé à voir le jour en Afrique et dans le monde entier : augmentation des investissements publics pour des produits alimentaires plus sains, soutien à des chaînes d’approvisionnement plus courtes pour les programmes de livraison de produits frais, utilisation d’instruments fiscaux, réduction de la publicité pour les produits alimentaires industriels, reformulation des produits alimentaires, ou encore l’utilisation de l’étiquetage sur le devant des emballages (FOPL) pour informer les consommateurs et influencer le comportement de l’industrie, déjà adoptée par le Chili et le Royaume-Uni. Toutefois, il reste encore beaucoup à faire.

Venkatesh Mannar, coprésident du rapport et conseiller spécialisé en nutrition pour l’initiative de l’agriculture et de la nutrition Tata Cornell, a déclaré : « À l’heure où le COVID-19 a également mis en évidence les lacunes de nos systèmes alimentaires, nous avons maintenant une occasion unique d’agir de concert pour y remédier et faire en sorte que des aliments sains et produits de manière durable représentent le choix le plus accessible, le plus abordable et le plus souhaitable pour tous. »

La couverture maladie universelle : une occasion de rendre les soins nutritionnels universellement disponibles en tant que service de santé de base, rentable et permettant de sauver des vies.

La malnutrition sous toutes ses formes est devenue la principale cause de mauvaise santé et de décès, et l’augmentation rapide des maladies chroniques liées à l’alimentation exerce une pression énorme sur les systèmes de santé qui luttent déjà contre des maladies comme le Covid-19, Ebola ou le paludisme.

Mais malgré cette évaluation, les mesures prises en matière de nutrition ne représentent qu’une part minuscule des budgets nationaux de santé, alors qu’elles peuvent constituer des solutions très rentables, voire économiques.

Dans la plupart des pays, les examens médicaux ne prennent pas en compte la qualité de l’alimentation et les enquêtes nationales évaluent rarement de manière exhaustive les régimes alimentaires et la situation nutritionnelle des populations. La répartition des professionnels de la nutrition qualifiés est inéquitable, et ces experts ne sont pas accessibles au plus grand nombre. Au niveau mondial, le nombre moyen de professionnels de la nutrition est de 2,3 pour 100 000 personnes, 0,9 pour 100 000 personnes en Afrique, et certains pays n’en ont aucun.

Renata Micha, coprésidente du rapport et professeure-chercheuse associée à la Friedman School of Nutrition Science and Policy de l’Université Tufts a déclaré : « Une bonne nutrition est une stratégie de défense essentielle qui permet de protéger les populations contre les épidémies, d’alléger le fardeau qui pèse sur nos systèmes de santé, de fournir une couverture maladie universelle et, à terme, de sauver des vies. Les conclusions du Rapport sur la nutrition mondiale 2020 montrent clairement que la lutte contre la malnutrition doit être au cœur de nos actions sanitaires mondiales ».

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