La justice congolaise a confié à un tribunal la responsabilité d’instruire un procès qui suscite et motive beaucoup de curiosité de par la qualité des prévenus parmi lesquels figure le tout-puissant Directeur de Cabinet du Chef de l’Etat et politicien de premier plan Vital Kamerhe accusé de détournement de deniers publics. Plusieurs intouchables viennent à la barre !

Kinshasa a connu deux jours successifs, mercredi 3 et jeudi 4 juin 2020, de focus sur le procès 100 jours diffusé en direct sur la télévision nationale depuis la Prison Centrale de Makala. A la base, il y a l’affaire « importation des maisons préfabriquées dans le compte du projet des 100 jours du Chef de l’Etat ». Des soupçons de détournement faisant un lien entre le Directeur de Cabinet du Chef de l’Etat et le prestataire libanais Jammal, on conduit à une procédure judiciaire.

Au fur et à mesure que le procès avançait, des noms témoins assez spéciaux apparaissaient jusqu’à accorder une portée historique à ce tribunal qui a déjà connu la mort du juge Yanyi, son défunt Président à l’ouverture, créant ainsi des émeutes autour de sa résidence et une agitation au sein de toute la communauté avec un sentiment de moment de réajustement de la justice congolaise.

C’est ainsi que pour la toute première fois de l’histoire de la RDC un procès a vu défilé, en nom et fonction, Justin Bitakwira (Ministre honoraire du Développement rural), Henry Yav Mulang (le tout-puissant Ministre honoraire des Finances), Deogratias Mutombo (le Gouverneur de la Banque Centrale), Pierre Kangudia (Ministre honoraire du Budget) et député national, Peter Kazadi (Député provincial de Kinshasa et cacique du Parti présidentiel), Général Major Christian Tshiwewe (Commandant de la Garde Républicaine), Molendo Sakombi (Ministre des Affaires foncières), Thomas Luhaka (Ministre de l’ESU), Nicolas Kazadi (Ambassadeur itinérant du Chef de l’Etat), Marcellin Bilomba (Conseiller Principal du Chef de l’Etat).

Tous ceux qui connaissent les implications de la politique dans le fonctionnement de la justice en RDC ne pouvait jamais penser qu’on pouvait avoir d’aussitôt autant d’INTOUCHABLES devant la barre même à titre de témoin. Pour une fois, un procès politique atteindra sa sentence malgré les incidents, menaces, mort d’homme et intimidation.

Est-ce la naissance d’une nouvelle ère dans la justice congolaise ? En tout cas, pour l’instant cette image d’une justice mettant en cause la gestion de la chose publique aura des conséquences pratiques sur la recevabilité et pourra couvrir l’opprobre de 60 ans de justice sous logée dans la politique.

Deo Vuadi

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