Tisya Mukuna : « Le Gouvernement devrait mettre à la disposition des jeunes femmes des formations et faciliter l'accès aux stages professionnels... » (Interview exclusive) - INTERKINOIS - Premier Média d'Information en Ligne de la RDC - Plus de 10 ans d'expérience dans la presse
Tisya Mukuna : « Le Gouvernement devrait mettre à la disposition des jeunes femmes des formations et faciliter l’accès aux stages professionnels… » (Interview exclusive)

Tisya Mukuna : « Le Gouvernement devrait mettre à la disposition des jeunes femmes des formations et faciliter l’accès aux stages professionnels… » (Interview exclusive)

Dans les histoires de plus grandes réussites dans le monde, la passion et l’amour de ce que l’on fait occupe une grande place. Tisya Mukuna, PDG de La Boite et fondatrice de la marque de café made in Congo « La Kinoise » s’est livrée à votre rédaction sur sa passion de l’agriculture et le terroir congolais, les difficultés d’évoluer dans l’écosystème congolais mais aussi de sa vision entrepreneuriale. Mois de mars oblige, elle a donné sa formule au gouvernement pour la future génération des femmes d’affaires.

Interkinois : Bonjour Madame Mukuna. Merci de nous accorder votre temps pour cette interview. Comment voudriez-vous que nos lecteurs vous connaissent ?

Tisya Mukuna : J’aimerai tout d’abord être présentée comme une passionnée de l’agriculture. J’évolue dans le milieu de l’agro-industrie, fondatrice d’une marque de café qui s’appelle la Kinoise, le seul café qui pousse ici à Kinshasa dans les hauteurs de Mont-Ngafula. Je suis également la PDG de la société la Boite, je suis vice-présidente de la commission jeunes entrepreneurs à la fédération des entreprises du Congo (FEC). Pour moi, c’est important de finir sur cette touche qui parle de fédération, de créer des synergies entre entrepreneurs congolais. C’est très important de transmettre nos matières grises, cette solidarité nationale pour que le pays puisse s’élever comme une seule personne. En gros j’aimerai être présentée d’abord comme une passionnée, ensuite sur mon métier et enfin sur mes valeurs philanthropiques.

IK : Femme d’affaires. Que faites-vous réellement comme business. Pouvez-vous nous en parler en détails ?

TM : Mon business est un business dans l’agro-industrie. Ce que je fais précisément ce que j’ai une plantation de 20 hectares de café, je transforme et je conditionne mon café dans mon usine. Ma plantation est à Mont-Ngafula et mon usine est à Kingabwa. Je le distribue dans les supermarchés, les restaurants, les hôtels et les entreprises. Je mets en avant le terroir congolais et son savoir-faire en maîtrisant toute la chaîne de valeur du produit, du sol à la transformation.

Café La Kinoise

IK : Quelles sont les difficultés majeures que vous rencontrez dans la gestion quotidienne de votre business ?

TM : Il y a deux types de difficultés : d’ordre infrastructurelle et d’ordre structurelle. Dans les infrastructures il y a par exemple la route de desserte agricole, l’électricité pour l’usine. C’est un challenge parce qu’il faut faire de l’industrie dans un pays qui n’a pas encore connu sa révolution industrielle. Et côté structurelle, il y a tout ce qui est encadrement du métier, on a beaucoup de taxes et de paperasses et c’est aussi un défi. Pour faire un croquis de l’écosystème, c’est comme demander à Messi ou Ronaldo de jouer au football avec une balle de golf et sur un terrain de basketball. Il va avoir beaucoup de mal dans ses conditions-là. Voilà l’écosystème dans lequel on évolue. Et dans ces conditions avec tout ce qui est taxe et parfois la corruption font que c’est un grand challenge. Mais, heureusement que les mentalités évoluent dans le positif et donc il y a encore beaucoup d’espoir.

IK : Vos produits ont du succès selon notre recherche. Est-ce que vous pensez que vous avez réussi ? Quel est le secret de tout ce que vous faites comme avancement ?

TM : C’est très difficile de dire si on a réussi ou pas parce que la vie est remplie de défis. Il ne faut pas se satisfaire de ce qu’on a mais toujours pousser le challenge plus loin. Après ce qui peut expliquer mon envie d’aller toujours plus loin est que j’ai un plan d’actions clair avec des défis et des challenges. On devrait tous avoir un plan d’actions bien tracé sur chaque année, se disant que dans 10 ans je veux être à tel niveau avec mon entreprise.

IK : Femme dans les affaires. Que représente la parité pour vous et comment établissez-vous la différence avec les femmes qui attendent des quotas pour avancer ?

TM : Les femmes représentent 55% de la population, bien évidemment il faut compter les femmes dans le monde professionnel. On ne peut pas bâtir un pays ou une économie et stimuler sa croissance en mettant de côté plus de la moitié de la population. Les femmes ont un rôle à jouer qui ne doit pas être négligé. On sait que les femmes sont naturellement les gestionnaires des foyers et qu’elles peuvent faire 10 millions de tâches en même temps et elles ont des qualités qui peuvent faire la différence dans le monde des affaires. Je suis pour la philosophie de dire que les hommes et les femmes sont différents mais sont égaux. Ils ont chacun leurs forces, leur façon de manager. Il ne faut pas imiter l’autre en pensant que c’est la bonne façon, chacun est différent et il n’y a pas de hiérarchie. Il faut donner sa chance aux deux genres parce que c’est ensemble que sommes plus forts. Après s’il faut passer par les quotas c’est un peu dommage parce qu’on risque de se dire que c’est uniquement pour cela qu’on est arrivées quelque part. C’est une mentalité qu’il faut changer pour qu’on puisse un jour compter les femmes comme des personnes à part entière de la société et non pas comme des personnes qui ont eu besoin de quotas pour y arriver.

Madame Tisya Mukuna avec sa marque LA KINOISE

IK : Depuis quand êtes-vous dans l’entrepreneuriat et comment exactement vous avez commencé ce voyage managérial ?

TM : C’est difficile de mettre exactement une chronologie sur mon arrivée dans l’entrepreneuriat. Je pense que j’ai toujours eu un esprit entrepreneurial. Toute petite déjà je faisais des glaces que je vendais à mes voisins et mes voisines, avec ma sœur et je n’avais que 7 ans. Après comme entrepreneur on le sait toujours au fond de soi. Tout dépend de quand on a l’opportunité de se lancer. La mienne est venue suite à ma passion pour l’agriculture qui m’a poussé vers le café et aujourd’hui sur une marque, La Kinoise.

IK : Nous sommes durant le mois de Mars qui est dédié à la femme. Quel message pouvez-vous transmettre aux jeunes femmes qui vont vous lire ?

TM : Le message que j’aimerai passé aux femmes c’est de ne jamais abandonner et de toujours croire en ses projets. Je dis bien projets et non rêves. Les rêves sont faits pour rester dans la dimension de rêve pendant que les projets sont faits pour être réalisés. Pour qu’un rêve devienne un projet il faut l’écrire, il faut le matérialiser. Donc toujours croire en ses projets et transformer ses rêves en projets.

Fabrication du Café LA KINOISE

IK : Comment pensez-vous que le gouvernement pourra rendre autonome une grande partie de jeunes femmes ? Quelle proposition pourriez-vous faire ?

TM : Pour moi la meilleure façon d’autonomiser quelqu’un, c’est de lui apprendre un métier. Ne pas lui donner du poisson mais lui apprendre à pêcher. Ce que le gouvernement devrait faire, c’est mettre à la disposition des jeunes femmes des formations et faciliter l’accès aux stages professionnels. C’est ainsi que sera formée la future génération de femmes et de jeunes de façon plus large.

IK : Le café est consommé tous les jours dans notre pays par des particuliers. Le problème se pose au niveau de la chaîne de valeur locale comme pour tous les secteurs. Avez-vous finalisé d’imaginer la chaîne de valeur qui pourra vous permettre de mieux évacuer vos produits ? Quels pourront en être les éléments clés ?

Tisya Mukuna : Comme je l’ai dit, c’est important de maîtriser toute la chaîne de valeur. C’est pour ça que nous allons de la plantation à l’industrialisation. C’est important d’avoir cette valeur ajoutée sur nos matières premières. On a, par exemple, le cacao mais le pays expert en chocolat c’est la Suisse. On a du café mais le pays expert dans le domaine c’est l’Italie. Un moment donné il faut qu’on ait cette expertise qui nous place au rang des industriels, des exportateurs, des créateurs de marques fortes comme des marques internationales. Pour ce faire, il faut avoir une révolution industrielle et pour ça il faut de l’électricité. Que ce soit de l’énergie hydraulique ou solaire, il faut qu’on ait cette révolution industrielle sur toutes les énergies possibles, avec le climat et le fleuve qu’on a, c’est encore possible.

Interkinois : Merci de nous avoir répondu.

Interview réalisée avec la participation de Deo Vuadi, Rachel Mbikayi et Eddy Kazadi

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