Papa,
Ce fut un dimanche 07 Septembre 1997, forcément le plus sombre de toute mon existence, Il devait être 09:30 ayant comme à mes habitudes en ce temps là allumé mon post-radio pour scruter l’actualité dans l’espoir recevoir ne serait-ce qu’une petite nouvelle sur ton état et qui m’aurait permis de booster mes espoirs.
La nouvelle, cette fois-ci hélas, tomba comme un couperet et ce fut en une formule rhétorique dont seule la #RFI detient le sombre secret: “…celui qu’on surnommait le léopard, l’homme qui aura régné 32 ans sans partage sur le Zaïre devenu la RDC, le Maréchal #MobutuSeseSeko s’est éteint cette nuit à l’hôpital militaire de Rabat au Maroc où il s’était réfugié depuis sa chute en Mai 1997 de suite d’un cancer de la prostate dont il souffrait depuis quelques années…
Papa, ce fut une douleur atroce et inoubliable, J’avais peine à croire car en dépit des commentaires les plus pessimistes sur la détérioration de ton état de santé, je n’avais jamais cessé de prier pour ton rétablissement, caressant le rêve que tu reviennes un jour.

Hélas, tu venais de jeter l’éponge après une lutte farouche contre la maladie et le rejet des ceux que ta main avait si généreusement nourri.
Papa, je veux que de là où tu te trouves, tu saches que j’ai réussi à parler a trois de tes fidèles: le Dr Diomi Mawesa (ton médecin personnel pendant 20 ans) et 2 de tes gardes du corps (Colonel Motoko et Major Ngani). Je leur ai dit merci en ton nom pour les beaux et loyaux services qu’ils ont rendus à la nation mais surtout à toi. Ils sont tous restés autour de toi jusqu’à ton dernier souffle. Le Colonel Motoko avait sollicité quelque minutes avant ton inhumation de te rendre les derniers honneurs militaires, rangés devant ton cercueil, il l’avait fait en à peu près ces termes: “Mon Maréchal mon équipe et moi sommes rangés pour vous rendre les derniers hommages, vous dire que nous avons accompli avec succès notre mission et avons honoré notre serment. Plus rien, à vos ordre! Reposez en paix mon Maréchal” !

Quant à moi, tu es parti tôt, tu ne m’a pas vu devenir un homme mûr, mais tu avais accompli ta part de responsabilité.
23 années se sont écoulées depuis et les choses n’ont cessé d’empirer. Tout est si difficile, le pays a sombré dans le tribalisme, les massacres, les viols et ce peuple que tu avais voulu grand et libre a jamais, n’est devenu que l’ombre de lui-même et la risée du monde. Porter ton nom et ton visage m’ont permis de susciter en certains de tes compatriotes la nostalgie, parfois jusqu’aux larmes mais que s’est pourtant dur et lourd de porter sur mes épaules ton héritage qui n’a rien à voir avec l’argent, les immeubles…mais être simplement le fils de ce grand homme que tu fus. Pour d’autres, ils me haïssent à tort, parfois ils me raillent et parfois, simplement, ils me contestent même la filiation. J’ai fini néanmoins par m’y habituer. Il m’arrive nonobstant de me demander parfois si tu m’as légué une partie de tes souffrances personnelles car je me souviens que tu fus toi aussi contesté de ton vivant et traité même d’enfant “batard” ou fils d’un père étranger!

Ton courage ne t’a cependant jamais manqué en dépit de la méchanceté des hommes. Toutefois, ce qui me plais dans tout ça c’est que chacun dans son fort intérieur reconnaît qu’il nous faudrait certainement 100 ans pour retrouver un homme de ta carrure et de ta valeur.
En fin, je m’efforce tous les jours, avec le peu de moyens à disposition, à perpétuer ton souvenir pour que jamais on ne t’oublie et que tu sois toujours fier de moi.
Mon voeux majeur est de voir un jour tes ossements ramenés au pays au temps voulu par Dieu afin de t’offrir une dernière sépulture digne de ton rang et dans les conditions exprimées dans tes dernières volontés.
Voici, papa, les quelques mots que j’ai prévu de te dire aujourd’hui.

Repose en paix papa avec tous mon amour,
Ton fils,
Zehti koli Mobutu

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